La plongée éco-responsable tient en cinq bons gestes, classés ici du mieux documenté au plus diffus. Le premier consiste à stabiliser flottabilité et palmage : sur 353 plongeurs observés à Sainte-Lucie, les coups de palmes causaient 81,4 % des contacts avec le récif. Le deuxième se joue avant la sortie : choisir un centre dont les guides corrigent les plongeurs sous l’eau. Viennent ensuite le fait de couvrir sa peau plutôt que de la tartiner de crème, le mouillage hors des herbiers de posidonie, et l’interdiction de toucher, nourrir ou prélever. Gourde, covoiturage et tri des déchets comptent aussi, mais leur effet sur le site plongé n’est pas chiffré.
- 81,4 %des contacts avec le récif dus aux coups de palmes (Sainte-Lucie, 2004)
- 11,6 → 2,4contacts par plongée de 40 minutes, sans puis avec intervention du guide
- 5 sur 16filtres UV évalués présentant un risque pour les coraux (Anses, 2023)
- 36 g → 4 gde crème par plongeur dans le calcul : corps entier contre tête, cou et mains
Ce guide classe ces gestes selon la solidité des données et chiffre deux cas courants, la photo sous-marine et la crème solaire sur un bateau de club. Il précise aussi ce que la réglementation impose en Méditerranée française au 28 septembre 2026.

Cinq gestes, du plus documenté au plus diffus
Le tableau réunit l’essentiel. Chaque ligne renvoie à une étude ou à un texte réglementaire détaillé plus bas.
| Geste | Dommage évité | Donnée de référence | Source, date |
|---|---|---|---|
| Lestage juste, palmage contrôlé | Abrasion, casse, sédiments remis en suspension | 81,4 % des contacts dus aux palmes | Barker et Roberts, Sainte-Lucie, 2004 |
| Centre dont le guide corrige sous l’eau | Contacts répétés au fil de la plongée | 11,6 puis 2,4 contacts par plongée de 40 minutes | Même étude, 2004 |
| Couvrir la peau (lycra, combinaison) | Rejet de filtres UV dans l’eau | 5 filtres UV sur 16 évalués présentent un risque pour les coraux | Anses, avec l’OFB, 2023 |
| Mouiller hors herbier | Arrachage de posidonie par l’ancre et la chaîne | Mouillage interdit dans l’habitat d’espèces végétales marines protégées | Arrêté n° 123/2019 du préfet maritime de la Méditerranée |
| Ne rien toucher, nourrir ni prélever | Stress, changement de comportement, atteinte aux espèces protégées | Pêche de loisir du mérou et du corb interdite jusqu’à fin 2033 | Arrêtés préfectoraux de décembre 2023 |
Les palmes provoquent huit contacts sur dix avec le fond
L’étude de Nola Barker et Callum Roberts, publiée en 2004 dans Biological Conservation, reste la plus fine sur le sujet. Ses auteurs ont suivi 353 plongeurs pendant toute leur immersion et noté chaque contact. Les palmes en expliquent 81,4 %. La plupart surviennent dans les dix premières minutes, le temps que le plongeur règle son matériel et prenne ses repères. Les battements de palmes soulèvent aussi du sédiment, qui retombe sur les organismes fixés et peut les étouffer. Les formes branchues cassent plus facilement que les formes massives.
- Refaire une pesée en début de saison et après chaque changement de combinaison ou de bloc, pour descendre avec le lestage minimal.
- Se stabiliser en pleine eau, à distance du fond, avant de commencer l’exploration : c’est la phase où les contacts se concentrent.
- Près du fond, passer à un palmage en grenouille ou à des battements courts, qui envoient l’eau vers l’arrière et non vers le bas.
- Clipser octopus et console au gilet pour qu’ils ne traînent pas dans les gorgones.
La maîtrise de la flottabilité relève d’abord de la sécurité, et le geste écologique en découle directement : un plongeur stable consomme moins, remonte mieux et touche moins.
Photo, nuit, départ du bord : trois situations qui multiplient les contacts
La même étude chiffre les écarts. Un photographe touche le récif 0,4 fois par minute, contre 0,1 pour un plongeur sans appareil. Sur une plongée de 45 minutes, cela donne 18 contacts contre 4,5, soit quatre fois plus.
- En photo, se stabiliser avant de cadrer et renoncer au cliché si l’animal est au fond d’une faille.
- De nuit, garder le faisceau de la lampe sur le sujet quelques secondes seulement et vérifier sa position par rapport au fond plus souvent.
- Depuis le bord, entrer par une zone de sable ou de roche nue, jamais à travers un herbier.
Le briefing seul ne suffit pas, l’intervention du guide divise presque par cinq les contacts
À Sainte-Lucie, une phrase ajoutée au briefing habituel, demandant de ne pas toucher le récif, n’a eu aucun effet mesurable. L’intervention du guide a produit un effet net. Dès qu’il corrigeait un plongeur qui touchait le fond, la moyenne passait de 11,6 à 2,4 contacts par plongée de 40 minutes. Le calcul donne une baisse de 79 %, soit un facteur proche de cinq.

D’autres travaux concluent autrement. En Floride (Camp et Fraser, 2012 ; Krieger et Chadwick, 2013) et en mer Rouge (Medio et collègues, 1997), le briefing réduisait bien les contacts. Les auteurs de Sainte-Lucie relèvent une différence de méthode. En mer Rouge, le chercheur menait lui-même briefings et démonstrations. À Sainte-Lucie, le personnel local ajoutait une seule phrase. La cause de l’écart entre études reste donc une hypothèse : une consigne récitée n’a rien changé dans l’étude de Sainte-Lucie.
Crème solaire : ce que l’Anses a établi en 2023
Saisie en 2018 avec l’Office français de la biodiversité, l’Anses a publié en 2023 une évaluation des risques chimiques pour les récifs coralliens des Outre-mer. Ces territoires abritent environ 10 % des récifs du monde. Sur 53 substances étudiées (filtres UV, pesticides et métaux notamment), la moitié présente un risque. Parmi les 16 filtres UV évalués, cinq sont concernés.
- le salicylate de 2-éthylhexyle ;
- l’enzacamène ;
- l’octocrylène ;
- la benzophénone-3, aussi appelée oxybenzone ;
- l’octinoxate.
L’Agence en tire une conséquence directe pour l’étiquetage : un produit contenant l’une de ces molécules ne devrait pas se présenter comme respectueux du milieu marin. Elle précise aussi que le nombre de substances à risque est très probablement sous-estimé, faute de données.
Tonnages : des fourchettes construites sur des bases différentes
Les chiffres qui circulent vont de 4 000 à 14 000 tonnes par an, souvent sans auteur ni date. La fourchette basse, 4 000 à 6 000 tonnes, est rattachée à l’équipe de Roberto Danovaro (2008). Elle repose sur environ un quart d’un volume de crème appliquée. Ce volume vaut 16 000 à 25 000 tonnes dans une reprise et 10 000 tonnes dans une autre : les deux bases ne donnent pas le même quart. La fourchette haute, 6 000 à 14 000 tonnes, est attribuée par la presse à Craig Downs. Ces fourchettes viennent de reprises secondaires et donnent un ordre de grandeur.
Couvrir sa peau peut diviser par neuf la crème appliquée
L’indice de protection est mesuré avec une dose normalisée de 2 mg par cm² de peau, soit environ 35 grammes pour le corps entier d’un adulte. Sous une combinaison intégrale ou un lycra à manches longues, seules la tête, le cou et les mains restent exposés. D’après la règle des neuf utilisée en médecine d’urgence, la tête et le cou représentent environ 9 % de la surface corporelle. La règle de la paume compte environ 1 % par main, doigts compris, soit 2 % pour deux mains. Ces 11 % ramènent la dose à 4 grammes par personne, à condition que les pieds soient chaussés.
| Scénario, bateau de 12 plongeurs | Crème par plongeur | Crème pour le groupe | Rejet estimé (hypothèse de 25 %) |
|---|---|---|---|
| Corps entier enduit | 36 g | 432 g | 108 g par sortie |
| Lycra ou combinaison, tête, cou et mains enduits | 4 g | 48 g | 12 g par sortie |
Sur une saison de 150 sorties, l’écart de rejet atteint environ 14 kilogrammes de crème pour un seul bateau (96 g par sortie). Le scénario du corps entier enduit est une hypothèse haute : en combinaison, un plongeur n’enduit déjà que les zones découvertes. Le taux de 25 % reprend l’estimation de Danovaro, établie pour des baigneurs en zone tropicale, et n’a pas été mesuré sur des plongeurs. Dans ce calcul, le vêtement anti-UV réduit la quantité de filtres quelle que soit la formule. L’Anses rappelle par ailleurs que les mentions « respectueux des océans » ne sont pas garanties.

Mouillage : l’arrêté 123/2019 cible d’abord les navires de 24 mètres
L’arrêté n° 123/2019 du 3 juin 2019 fixe le cadre général du mouillage dans les eaux intérieures et territoriales françaises de Méditerranée. Il pose le principe d’une interdiction de mouiller dans l’habitat d’espèces végétales marines protégées, dont l’herbier de posidonie, présent entre la surface et 40 mètres environ. Des arrêtés locaux fixent ensuite les zones d’interdiction précises. Ils visent en priorité les navires de 24 mètres et plus, ou de 20 mètres selon les enjeux du secteur.

- S’amarrer sur une bouée ou un dispositif prévu pour les plongeurs quand il existe.
- À défaut, mouiller sur fond de sable, repéré à l’avance.
- Consulter l’application DONIA, recommandée par la préfecture maritime, qui cartographie les herbiers pour ancrer en dehors.
La posidonie est une espèce protégée depuis 1988. Les petites unités, dont la plupart des semi-rigides de club, sont encouragées à préserver l’herbier. Sous 24 mètres, la portée exacte des interdictions dépend des arrêtés locaux du secteur, à consulter avant la sortie. Le 22 novembre 2024, le tribunal maritime de Marseille a retenu un préjudice écologique causé à l’herbier par le mouillage de deux yachts en zone interdite. Selon la préfecture maritime, c’était une première pour ce type de préjudice.
Port-Cros et Porquerolles : autorisation annuelle et 40 plongeurs par site
Celle-ci est nominative et valable pour l’année civile. Plongeurs individuels et structures l’obtiennent en ligne sur le carnet de plongée CaPeL, après signature du règlement de plongée. Le mouillage est interdit dans un rayon de 100 mètres autour des sites aménagés, et la charte limite la présence à 40 plongeurs simultanés par site. Les structures déclarent leurs plongées, ce qui permet au Parc de suivre la fréquentation site par site.
La première charte de plongée du Parc date de 1994, signée alors par une vingtaine d’établissements. Ce cadre sert de référence à qui prépare une sortie sur les fonds de Porquerolles ou de Port-Cros.
Le seuil de 5 000 à 6 000 plongées par an reste un repère tropical
La capacité de charge d’un site désigne le nombre de plongées annuelles au-delà duquel les dégâts deviennent visibles. Plusieurs estimations existent, toutes établies sur des récifs coralliens.
| Étude | Terrain | Seuil par site et par an | Remarque |
|---|---|---|---|
| Dixon et collègues, 1993 | Bonaire | 5 000 plongées | Chiffre repris par la plupart des destinations tropicales |
| Hawkins et Roberts, 1997 | Bonaire, Saba, Égypte | 5 000 à 6 000 plongées | Présenté par les auteurs comme une règle générale à adapter |
| Schleyer et Tomalin, 2000 | Repris dans une synthèse de 2016 | jusqu’à 7 000 plongées | Borne haute des estimations publiées |
| Étude publiée en 2025 | Bonaire | Au-delà de 6 000 plongées sur plusieurs sites | Déclin des coraux non attribué à la plongée ; en 2022, deux indicateurs de casse étaient plus élevés dans les réserves fermées aux plongeurs |
Ramené à la journée, le seuil de 5 000 à 6 000 plongées donne 14 à 16 plongées par jour sur une année pleine. Sur une saison de 150 jours, on arrive à 33 à 40 plongées par jour. La limite de Port-Cros, 40 plongeurs en même temps, mesure donc autre chose : une présence instantanée, pas un volume annuel. Pour le coralligène méditerranéen, chiffre absent : les seuils cités viennent tous de récifs tropicaux.
Toucher, nourrir, prélever : ce qui relève de la loi en Méditerranée française
La règle « ne rien toucher » tient du bon sens. Sur certains points, elle s’appuie aussi sur des textes précis, qu’un plongeur fréquentant la Méditerranée française doit connaître.

- Mérous et corb : des arrêtés préfectoraux de décembre 2023 reconduisent pour dix ans l’interdiction de pêche de loisir, chasse sous-marine comprise, pour le mérou brun, d’autres mérous et le corb. Le cernier commun reste interdit à la seule chasse sous-marine. Échéance : 22 décembre 2033 sur le continent, fin 2033 en Corse.
- Grande nacre : protégée à l’échelle européenne depuis la directive de 1992, classée en danger critique d’extinction par l’UICN en 2019, elle subit depuis l’automne 2016 une épizootie liée au parasite Haplosporidium pinnae, avec 80 à 100 % de mortalité dans de nombreux secteurs. À Port-Cros, huit jeunes individus vivants ont été recensés en novembre 2020.
- Posidonie : espèce protégée depuis 1988, elle ne sert pas de point d’appui.
- Nourrissage : les consignes du Parc national de Port-Cros demandent de ne nourrir aucun animal, oiseaux comme poissons. Le nourrissage perturbe le comportement des poissons, un point que reprennent les chartes de plongée responsable.
Choisir un centre : ce que garantissent Green Fins et les chartes
Green Fins, créé en 2004 par le Programme des Nations unies pour l’environnement et la fondation Reef-World, repose sur un code de conduite en 15 points. Il existe deux niveaux d’adhésion. Dans les pays où le programme est actif, des évaluateurs contrôlent les centres. Depuis 2022, une adhésion numérique est ouverte partout. L’auto-évaluation en ligne suffit et aucun score minimal n’est exigé, pour 140 dollars à l’inscription puis 60 dollars par an (tarifs de 2023). Le logo ne recouvre donc pas le même contrôle selon le cas. En France, la charte du plongeur responsable de Longitude 181 et la marque Esprit parc national à Port-Cros jouent un rôle comparable.
Quelques questions posées avant de réserver en disent plus qu’un logo.
- Où le bateau s’amarre-t-il sur les sites habituels, bouée ou ancre ?
- Combien de plongeurs accompagne chaque guide ?
- Le guide intervient-il sous l’eau quand un plongeur touche le fond ?
- Le centre organise-t-il deux plongées par sortie, pour limiter carburant et trajets ?
- Le rinçage du matériel se fait-il dans un bac partagé ?
Ce que ces gestes ne compensent pas
L’étude publiée en 2025 sur Bonaire rappelle une limite nette : le déclin des coraux observé sur plusieurs décennies n’y était pas lié à la plongée. Les causes du déclin se trouvent donc ailleurs, et l’étude ne montre pas que des gestes sous l’eau puissent les corriger.
À retenir
Ces gestes réduisent seulement le dommage direct et local subi par le site plongé.
Deux autres angles morts méritent d’être connus. Faute de données robustes, l’Anses n’a pas pu évaluer les hydrocarbures, les médicaments ni les microplastiques. Une crème sans les cinq filtres cités n’est donc pas inoffensive pour autant. Et la plupart des mesures de terrain viennent des récifs tropicaux, alors que la Méditerranée reste peu chiffrée. Enfin, les guides de plongée responsable recommandent de couper les fils de pêche accrochés au récif et de prévenir le club s’il en reste.
Article rédigé par la rédaction INPP. Données à jour au 28 septembre 2026.


