Trois zones se partagent l’ouest du littoral varois et elles ne se remplacent pas. Toulon aligne tombants et épaves entre 5 et 40 mètres, à quelques minutes de navigation. Porquerolles concentre les épaves profondes, de 35 à 52 mètres. L’île impose en plus une autorisation annuelle pour plonger dans la bande des 600 mètres. Les Embiez proposent des secs peu profonds, protégés du vent d’est, ouverts dès le baptême. Le tri se fait sur trois variables: votre aptitude au sens du Code du sport, le vent du jour, la contrainte administrative du secteur.
Ce texte compare les trois zones sur ces variables plutôt que d’empiler une liste de spots. Il explique aussi pourquoi le Donator est annoncé tantôt à 40 mètres, tantôt à 52. Cet écart déplace le brevet exigé d’un cran.
Trois zones, trois logiques de plongée
La distance entre les secteurs reste faible. Du Brusc à la Tour Fondue, comptez une soixantaine de kilomètres par la route, avec la rade de Toulon au milieu. Sous l’eau, les différences sont beaucoup plus marquées que cette proximité ne le laisse croire.
| Critère | Toulon et cap Sicié | Porquerolles et Giens | Archipel des Embiez |
|---|---|---|---|
| Ports de départ | Saint-Mandrier, Port Marchand, Les Oursinières | La Tour Fondue, La Madrague, Hyères | Le Brusc, Sanary |
| Profondeurs courantes | 5 à 40 m | 6 à 52 m | 5 à 34 m |
| Aptitude qui ouvre l’essentiel | PE20 à PA40 | PE20 sur le littoral, PA60 au large | PE20 |
| Abri principal | Rade fermée, tenable par mistral | Côte nord par vent de sud, côte sud par mistral | Secs abrités du vent d’est |
| Statut de protection | Natura 2000 au cap Sicié | Cœur marin du parc national sur 600 m | Natura 2000, hors parc national |
| Formalité préalable | Aucune | Autorisation annuelle nominative | Aucune |
Un séjour d’une semaine bâti sur une seule zone finit par se heurter à la météo. Réparti sur les trois, il garde presque toujours une option praticable.
L’autorisation de plongée est la vraie contrainte de Porquerolles
Le parc national de Port-Cros, créé le 14 décembre 1963, distingue deux périmètres. Le cœur marin est une frange de 600 mètres autour des côtes de Port-Cros et de Porquerolles. L’aire maritime adjacente couvre l’espace marin des communes de La Garde à Ramatuelle. Elle s’étend jusqu’à trois milles au sud des îles d’Hyères.
Ce que demande le règlement
Dans les cœurs marins, la plongée en scaphandre autonome est interdite sans autorisation. Celle-ci est nominative et valable pour l’année civile en cours. Elle doit pouvoir être présentée lors d’un contrôle. On l’obtient en ligne sur le Carnet de Plongée en Ligne, après signature du règlement de plongée du parc. Elle vaut pour les plongeurs individuels comme pour les structures, qui s’engagent à transmettre le détail de leurs immersions.
- Fréquentation limitée à 40 plongeurs simultanément par site.
- Plongée interdite en zone H à Porquerolles.
- Plongées d’apprentissage et plongée de nuit soumises à des règles spécifiques.
- Vitesse limitée à 5 nœuds dans la bande des 300 mètres, 3 nœuds à moins de 100 mètres d’une bouée de plongée.
- Interdiction de nourrir les poissons, de retourner les roches, de toucher le substrat.
La confusion à éviter
Beaucoup de plongeurs croient que tout le secteur d’Hyères relève du même régime. L’autorisation mord dans la bande des 600 mètres. L’aire maritime adjacente reste une zone de transition, avec des règles propres à certaines activités. Toulon et les Embiez se situent hors parc national. Le cap Sicié et l’archipel relèvent de Natura 2000, sans formalité individuelle avant de s’immerger.
Toulon: une rade fermée doublée d’un cap très exposé
Le secteur toulonnais tient sa souplesse d’une géographie particulière. La presqu’île de Saint-Mandrier protège la rade. Des sites restent donc praticables quand le mistral rend la côte ouverte inconfortable. Les tombants des Deux Frères, au large de La Seyne, descendent par paliers. Leur partie haute se plonge à tous les niveaux.
L’épave de l’Arroyo
Ce bateau-citerne de la Marine mesurait 55 mètres. Il ravitaillait les navires en eau douce avant d’être coulé en 1953, pour servir de site d’entraînement. L’épave repose près des Deux Frères, en zone Natura 2000. Elle s’est brisée en deux parties sur une roche et se visite de l’extérieur, sans pénétration. L’office de tourisme Provence Méditerranée la réserve aux plongeurs confirmés.
La limite ouest du secteur
Plus loin, le massif du cap Sicié tombe à pic et se retrouve exposé dès que le vent d’ouest se lève. Quand la houle contourne le cap, il vaut mieux basculer vers l’est ou vers l’archipel. Le détail des spots de la rade mérite un examen site par site, tant les profondeurs varient d’un point à l’autre.
Porquerolles: de six mètres à plus de cinquante
L’amplitude de profondeur est la signature du secteur. Le Cimentier, ancienne barge en béton armé, gît au pied de la balise de la Jaune Garde. Ses éléments les plus hauts sont à 6 mètres, les plus profonds à 15. C’est l’une des rares épaves visitables dès les premières immersions. Sa coque éventrée se parcourt en pleine lumière.
Un site que les fiches situent à deux endroits
Le nom de la balise circule sous trois orthographes: Jaune Garde, Jaume Garde, Jeaune Garde. La position varie elle aussi. Certaines fiches placent le Cimentier au nord-ouest de l’île, d’autres au pied de la pointe du Langoustier, à l’extrémité ouest. Les deux descriptions ne désignent pas le même point de mise à l’eau. Cet écart se retrouve dans plusieurs guides du Var.
Le littoral de Giens
La plateforme de mouillage d’Escampobariou reste abritée quand la mer se lève ailleurs. Son tombant descend à 36 mètres et accueille du baptême au plongeur confirmé. Les Fourmigues, deux îlots à l’ouest de la presqu’île, offrent un tombant jusqu’à 25 mètres. Des munitions inertes y dorment, héritées d’anciens entraînements militaires. Les fonds de Porquerolles se prêtent donc autant à une première bouteille qu’à une plongée technique.
Les Embiez sauvent les journées de vent d’est
L’archipel regroupe l’île des Embiez, les îles du Petit et du Grand Rouveau, l’îlot de la Cauvelle et les rochers des Magnons. Les hauts-fonds inclus dans le périmètre protégé sont délimités par l’isobathe de 30 mètres. Le profil des plongées se devine à ce seul chiffre.
La sèche de Guenaud
Ce piton rocheux se dresse au large de l’île et reste très abrité du vent d’est. L’office de tourisme Provence Méditerranée y rattache le tournage de Par dix-huit mètres de fond, réalisé par les trois Mousquemers: Jacques-Yves Cousteau, Philippe Tailliez et Frédéric Dumas. Le site se parcourt entre de grosses roches. Gorgones rouges, éponges, doris tricolores et jeunes mérous s’y logent.
L’épave de la Mona
Ce remorqueur portuaire de 15 mètres a été construit par la Marine nationale en 1949. Il a coulé par 34 mètres de fond lors d’un remorquage entre Le Brusc et Toulon, face à la plage du Trou de l’Or. L’épave repose droit sur sa quille, en bon état, timonerie et moteur encore lisibles. C’est la plongée la plus profonde du secteur, et elle reste très en deçà de ce que propose Porquerolles.
Le Donator est annoncé à quatre profondeurs différentes
Le cargo est le site le plus documenté du Var. C’est aussi celui dont les chiffres varient le plus. Construit à Bergen en 1931, long de 78 mètres, il navigue successivement sous les noms de Donator, Petite Terre puis Prosper Schiaffino. Le 10 novembre 1945, il contourne Porquerolles par le sud pour s’abriter du mistral. Il touche une mine résiduelle près des Sarraniers et coule en quelques minutes.
Les profondeurs publiées en août 2026 vont de 40 à 52 mètres selon les fiches. L’écart ne vient pas d’une erreur de mesure: chaque chiffre décrit un point différent de la même coque.
| Chiffre annoncé | Ce qu’il décrit |
|---|---|
| 35 m | Partie haute des superstructures |
| 40 m | Profondeur de travail retenue par certains centres |
| 44 à 48 m | Pont et fond de sable autour de la coque |
| 52 m | Hélice, point le plus profond |
Un repère qui a disparu
Le haut du mât culminait autrefois vers 25 mètres. Il servait d’accroche visuelle à la descente et s’est effondré pendant la tempête de janvier 2000. Les descriptions rédigées avant cette date décrivent une plongée qui n’existe plus sous cette forme.
Le brevet exigé suit le même flottement
La page « top 10 » de l’office de tourisme Provence Méditerranée annonce le Donator accessible à partir du niveau 3 uniquement. La fiche détaillée du même site, sur le même domaine, indique une plongée à partir du niveau 2. Le lien qui pointe vers cette fiche est intitulé « plongez à 50 mètres » quand le corps du texte donne 35 à 52 mètres. Le même décalage interne touche l’épave voisine du Grec, présentée entre 35 et 47 mètres et annoncée à 60 mètres par son lien. Pour qui prépare un séjour, la conséquence est nette. C’est la profondeur maximale qui conditionne l’aptitude. Faites-la confirmer par le directeur de plongée avant de réserver.
Donator et Grec sont deux épaves distinctes
Plusieurs guides présentent le Grec comme un second nom du Donator. Les deux navires reposent effectivement à faible distance l’un de l’autre, au sud de Porquerolles. Ils ont sombré à quelques semaines d’intervalle, sur le même champ de mines résiduelles. Ils restent deux coques séparées.
Le Grec, de son vrai nom Sagona, gît en deux morceaux entre 35 et 47 mètres. La partie centrale repose droite sur sa quille, cheminée et poupe comprises. La proue se trouve une soixantaine de mètres plus loin. Le Donator, lui, est posé d’un seul tenant, à l’exception de son extrême avant presque détaché par l’explosion. Confondre les deux fausse la préparation: pénétration, repères de navigation et profil de remontée n’ont rien de commun.
Ce que votre brevet ouvre réellement, zone par zone
En France, l’intitulé du brevet compte moins que l’aptitude qu’il valide au sens du Code du sport. Les aptitudes PE désignent le plongeur encadré, les aptitudes PA le plongeur autonome. Le Niveau 1 valide PE20, le Niveau 2 valide PA20 et PE40, le Niveau 3 ouvre PA40 puis PA60. La correspondance des brevets étrangers ne transpose pas automatiquement l’autonomie acquise ailleurs.
| Aptitude | Prérogative | Ce que cela ouvre sur les trois zones |
|---|---|---|
| PE20 | 20 m encadré | Cimentier, sèche de Guenaud, partie haute des Deux Frères, Escampobariou |
| PA20 et PE40 | 20 m autonome, 40 m encadré | Fourmigues, Mona, tombant complet d’Escampobariou, Arroyo |
| PA40 | 40 m autonome | Mêmes sites sans guide de palanquée |
| PA60 | 60 m | Donator et Grec dans leur intégralité |
Un plongeur PE20 dispose déjà d’une saison complète sur les trois secteurs. Le passage à PA60 n’ouvre qu’une poignée de sites supplémentaires. Tous se trouvent au large de Porquerolles et tous subissent un courant qui complique la sortie d’eau.
La pièce que le brevet ne remplace pas
Une formalité médicale s’ajoute au niveau. Les structures françaises réclament un certificat de non-contre-indication à la plongée, demandé à l’inscription en club comme à la reprise après une interruption longue. Sa durée de validité et son degré d’exigence dépendent du cadre fédéral ou commercial retenu par le centre. Obtenez-le avant de réserver, pas au comptoir le matin du départ.
Pourquoi une plongée à 45 mètres dure deux fois moins longtemps
La profondeur ne raccourcit pas seulement le temps sans palier, elle consomme aussi l’air beaucoup plus vite. Le calcul tient en trois lignes et explique la moitié de l’organisation d’une sortie sur épave profonde.
Prenons un bloc de 12 litres gonflé à 200 bars, soit 2 400 litres d’air. En conservant une réserve de 50 bars, il en reste 1 800 utilisables. Retenons une consommation de surface de 20 litres par minute, valeur courante pour un plongeur calme.
- À 20 mètres, la pression absolue vaut 3 bars: la consommation monte à 60 litres par minute, soit 30 minutes de fond.
- À 45 mètres, la pression absolue vaut 5,5 bars: la consommation monte à 110 litres par minute, soit environ 16 minutes.
Le rapport est de un à deux, avant même de compter les paliers. Ajoutez la descente le long d’un filin à contre-courant et la remontée sous parachute. Sur le Donator, le courant impose parfois une décompression en pleine eau, et les seize minutes théoriques fondent encore. Un séjour bâti uniquement sur les épaves du large donne donc moins de temps sous l’eau qu’un séjour mixte, à budget de bouteilles identique.
L’eau varoise en février n’est pas à quatorze degrés
Plusieurs guides du Var affirment que la température descend rarement sous 14 °C en hiver. Les relevés de surface publiés pour Toulon ne le confirment pas.
| Période | Température de surface | Vêtement adapté |
|---|---|---|
| Février | 13 °C en moyenne, minimum vers 12,6 °C | Étanche ou semi-étanche |
| Avril à juin | 14 à 21 °C | 7 mm avec cagoule et gants |
| Juillet à septembre | 21 à 25 °C en surface | 5 mm, 7 mm si plongées répétées |
| Octobre à novembre | 17 à 21 °C | 7 mm avec cagoule |
Valeurs de surface, moyennes mensuelles publiées et consultées en août 2026. Le degré d’écart n’a rien d’anecdotique pour qui plonge deux fois par jour. Entre 14 et 13 °C se situe la frontière au-delà de laquelle beaucoup de plongeurs basculent vers l’étanche. La thermocline ajoute son propre décalage, puisque le fond reste plus froid que la surface une bonne partie de l’année.
Ce que la réglementation protège sous l’eau
Le mérou brun bénéficie d’un moratoire sur le littoral méditerranéen continental depuis un arrêté préfectoral du 2 avril 1993. Reconduit en décembre 2023 pour dix ans, jusqu’au 22 décembre 2033, il interdit la pêche sous-marine et la pêche à l’hameçon de cinq espèces de mérous ainsi que du cernier commun. L’Office français de la biodiversité fait état d’effectifs multipliés par 8,5 dans le parc national de Port-Cros entre 1993 et 2011.
La posidonie, protégée en France depuis 1988, structure la plupart des sites peu profonds des trois zones. Ses herbiers poussent lentement, ce qui rend un coup de palme mal placé durablement coûteux. Le corail rouge et la grande nacre relèvent eux aussi de régimes de protection. La règle de conduite tient en une phrase: réglez votre lestage avant la sortie, pas au-dessus de l’herbier.
Les limites de ce découpage en trois zones
Le triptyque ne couvre pas tout le département. Les épaves de la baie de Cavalaire, le Rubis au large du cap Camarat, les sites de Saint-Raphaël et du Dramont appartiennent à l’est varois. Ils supposent une base logistique différente, et un séjour centré sur Toulon ne les atteint pas dans la journée.
Le découpage suppose aussi une vraie mobilité terrestre. Sans véhicule, enchaîner Le Brusc et La Tour Fondue dans la même semaine devient compliqué, et l’intérêt de la répartition s’efface. Les plongeurs sans aptitude PA60 ne tireront enfin qu’une partie du bénéfice de Porquerolles. La réputation du secteur repose largement sur deux épaves qui leur restent fermées.


