Ordinateur de plongée : comment il calcule la décompression et comment le lire

Un ordinateur de plongée calcule la décompression en mesurant sans arrêt votre profondeur et votre temps d’immersion, puis en modélisant la charge d’azote de vos tissus grâce à un modèle de décompression comme le Bühlmann. Le lire revient à repérer quatre informations sur l’écran : la profondeur, le temps restant sans palier (NDL), les paliers à effectuer et la vitesse de remontée.

ordinateur de plongée

Comment un ordinateur de plongée calcule la décompression

L’appareil ne devine rien. Il mesure en continu les paramètres de la plongée, profondeur et temps en tête, les fait passer dans un modèle de décompression puis affiche le résultat.

Mesurer, modéliser, afficher

Trois fonctions s’enchaînent en permanence :

  • Mesurer. Un capteur de pression relève la profondeur réelle plusieurs fois par minute, pendant qu’une horloge compte le temps écoulé depuis la mise à l’eau.
  • Modéliser. Un logiciel simule l’absorption puis l’élimination de l’azote dans des tissus théoriques, à partir des variations de pression enregistrées.
  • Afficher. L’écran restitue en temps réel la profondeur, la courbe de sécurité et, quand il le faut, les paliers.

Ce découpage en tranches très courtes, parfois appelé échantillonnage en micro-plongées, colle au parcours réel bien mieux qu’un calcul unique fait à la sortie de l’eau.

Saturation et désaturation de l’azote

En profondeur, la pression monte et l’azote de l’air respiré se dissout dans le corps : c’est la saturation en azote. À la remontée, la pression baisse et cet azote doit repartir doucement par la respiration. Trop vite, il forme des bulles et déclenche un accident de décompression.

Pour modéliser ce phénomène, l’ordinateur découpe le corps en compartiments tissulaires fictifs : le sang sature en quelques minutes, les os et la graisse mettent plusieurs heures. L’appareil surveille chacun d’eux et impose un palier dès qu’un seul approche de son seuil, afin d’éliminer l’azote dissous sans risque.

L’idée n’est pas neuve. Dès 1908, le physiologiste John Scott Haldane pose le principe des paliers étagés pour la Royal Navy, un modèle que le médecin suisse Albert Bühlmann poussera plus loin, avec seize compartiments, et qui équipe aujourd’hui la majorité des ordinateurs. Cousteau parlait déjà d’une « courbe dite de sécurité » pour les plongées sans arrêt obligatoire.

Profil réel contre profil carré des tables

Une table de plongée suppose que vous passez toute l’immersion à la profondeur maximale. L’ordinateur, lui, suit vos variations réelles. D’où des résultats parfois très éloignés.

vitesse de remontée
CritèreTable MN90Ordinateur de plongée
Profil pris en comptecarré (profondeur max toute la plongée)réel, échantillonné en continu
Moment du calculmanuel, avant et aprèstemps réel
Vitesse de remontée15 à 17 puis 6 m/min imposésaffichée avec alarme (souvent 8 à 10 m/min)
Plongées successivesTableaux I et II, azote résiduelrecalcul automatique
Réglages de sécuritéaucunconservatisme, altitude, nitrox
Panne possiblenonoui, prévoir un secours

Un exemple parle de lui-même. Pour une plongée de 5 min à 35 m, puis 20 min à 20 m, puis 10 min à 10 m, les tables MN90 imposent 2 min à 6 m et 27 min à 3 m, quand l’ordinateur n’affiche aucun palier : le profil est trop loin du modèle carré. Savoir lire une table papier garde tout son intérêt, ne serait-ce que comme secours en cas de panne.

En France, le Code du sport impose de toute façon un moyen de contrôle de la décompression, ordinateur ou tables associées à une montre et un profondimètre, dès que l’on plonge en autonomie ou au-delà de 20 mètres.

Les algorithmes qui pilotent le calcul

Deux plongeurs côte à côte, avec deux ordinateurs différents, n’obtiennent pas forcément les mêmes paliers. Tout tient à l’algorithme embarqué. On distingue deux grandes familles. Les modèles à gaz dissous suivent la dissolution de l’azote dans les tissus, tandis que ceux à bulles simulent directement la formation de microbulles.

  • Bühlmann ZHL-16C. Le standard du marché, avec seize compartiments dont les périodes s’étalent de 4 à 635 minutes. Transparent, documenté, au comportement prévisible.
  • RGBM (Suunto). Il modélise la formation des microbulles et pénalise nettement les remontées rapides comme les plongées répétitives.
  • VPM-B. Il traite la paroi des bulles comme une membrane et privilégie des paliers plus profonds, surtout en plongée technique.

Gradient factors : régler son conservatisme

Sur les ordinateurs techniques, deux réglages ajustent la marge de sécurité : le GF Low agit sur les paliers profonds, le GF High sur le palier final. Plus les valeurs baissent, plus les paliers s’allongent. Beaucoup de plongeurs ajoutent aussi une minute à chaque palier calculé, une marge simple qui compense les petites imprécisions du capteur.

En palanquée, ces écarts se règlent avant l’immersion. Quand les binômes n’ont pas le même matériel, on retient la procédure la plus prudente : vitesse de remontée la plus lente, paliers les plus longs. Et l’on reste groupés jusqu’à la sortie.

Comment lire son ordinateur de plongée

C’est le cœur du sujet. Un écran affiche beaucoup de choses, mais quatre données suffisent à piloter la remontée en toute sécurité. Avant l’immersion, un rapide contrôle s’impose : niveau de pile, altitude détectée, pourcentage d’oxygène du mélange.

Décoder l’écran

paliers de décompression
Sigle / affichageSignificationCe que vous en faites
Prof. / Depthprofondeur actuellevotre point dans la colonne d’eau
Maxprofondeur maximale atteinteréférence pour la palanquée
Temps / Dive timedurée d’immersiontemps écoulé depuis la mise à l’eau
No Déco / NDLtemps restant sans palier obligatoiretant qu’il est positif, pas de palier imposé
Déco / Stoppalier obligatoire calculéà respecter impérativement
DTR / TTSdurée totale de remontée, paliers inclusplanifier la fin de plongée
ASC / flèchevitesse de remontéeralentir si l’alarme se déclenche
Safe stoppalier de sécurité recommandé3 min à 3 m conseillées
O2 % / PpO2mélange et toxicité oxygènevérifier en nitrox
No Flyinterdiction de prendre l’avionattendre avant de voler

Palier obligatoire ou palier de sécurité

À ne pas confondre. Le palier obligatoire est calculé par l’algorithme selon votre saturation : le sauter expose à un accident. Le palier de sécurité, le plus souvent 3 minutes à 3 mètres, reste conseillé même quand aucun palier n’est imposé. Beaucoup d’ordinateurs le déclenchent automatiquement à l’approche de la surface.

Un exemple concret de lecture

Votre profondeur actuelle affiche 30 m et l’écran indique NDL 12. Traduction : il vous reste 12 minutes à cette profondeur avant qu’un palier ne devienne obligatoire. Si vous restez, le compteur tombe à zéro, l’affichage passe sur « Déco » et vous impose une durée à une profondeur précise. Une règle vaut alors dans tous les cas : un palier qui apparaît doit être réalisé, même s’il s’efface ensuite de l’écran.

Après la plongée

De retour en surface, l’écran continue de travailler. Il affiche le temps de désaturation restant, l’intervalle depuis la sortie de l’eau et un compte à rebours « No Fly ». Tant que ce décompte tourne, votre azote résiduel n’est pas éliminé, et l’appareil en tient compte pour toute plongée successive.

Limites et situations à risque

Un ordinateur reste un outil, pas un garde-fou absolu. Il modélise un plongeur théorique, reposé et bien hydraté, et ignore une bonne part de votre réalité du jour.

Ce que l’appareil gère mal

  • Profils yo-yo. Les montées et descentes répétées trompent la plupart des algorithmes.
  • Altitude. Sans correction, un calcul prévu pour le niveau de la mer devient faux en lac de montagne.
  • Nitrox et mélanges. Le pourcentage d’oxygène et la PpO2 max se vérifient avant chaque immersion.
  • Effort, froid, fatigue. Ces facteurs accélèrent la charge en azote sans que l’appareil les mesure.
  • Panne. Un ordinateur peut s’éteindre ou se bloquer sous l’eau.

En cas de panne pendant la plongée, la conduite est claire : mettre fin à l’immersion, remonter lentement, réaliser au minimum un palier de sécurité, puis éviter de replonger pendant 24 heures. Un second moyen de décompression, table ou ordinateur de secours, change tout dans ce scénario.

Un instrument strictement personnel

Votre ordinateur mémorise votre historique et votre azote résiduel. On ne le prête donc pas et on ne l’échange pas si l’on a plongé dans les dernières 24 heures.

Avant l’avion, les consensus DAN retiennent des délais minimaux avant de voler : 12 heures après une plongée simple, 18 heures après des plongées répétitives ou plusieurs jours d’affilée et 24 heures après une plongée à paliers obligatoires. L’indicateur « No Fly » de l’écran sert de rappel.

Bien choisir et entretenir son ordinateur

Pour un premier achat, comptez un budget à partir de 200 € et misez d’abord sur la lisibilité de l’écran, avant les fonctions avancées. Côté entretien, tout tient en quelques gestes : rinçage à l’eau douce après chaque sortie, stockage au sec, transport en cabine plutôt qu’en soute lors d’un vol.

Questions fréquentes

Comment lire un ordinateur de plongée ?

Repérez d’abord quatre données : profondeur actuelle, temps d’immersion, temps restant sans palier (NDL) et vitesse de remontée. Tant que l’écran affiche « No Déco », aucun palier n’est imposé. Dès qu’un message « Déco » apparaît, suivez la profondeur et la durée de palier indiquées. Consultez la notice, car les symboles changent d’un modèle à l’autre.

Comment un ordinateur calcule-t-il les paliers de décompression ?

Il mesure en continu la profondeur et le temps, puis estime l’azote absorbé par des compartiments tissulaires théoriques. Quand un compartiment approche de son seuil critique, l’appareil impose un palier pour ralentir la remontée et laisser l’azote s’évacuer. Le résultat dépend de l’algorithme embarqué, Bühlmann, RGBM ou VPM-B.

Quelle différence entre lire l’ordinateur et lire une table ?

La table suppose un profil carré, à la profondeur maximale pendant toute la plongée. L’ordinateur suit le profil réel et ajuste ses valeurs en direct. Sur une plongée à profondeur variable, il affiche donc souvent moins de paliers que la table. En formation FFESSM (N2, N3, N4), la table reste la référence imposée aux examens.

Quelle pression subit-on en profondeur ?

La pression augmente d’environ 1 bar tous les 10 mètres. À 20 m, le corps subit donc 3 bars, soit 1 bar d’atmosphère plus 2 bars d’eau. À 1000 m, on dépasserait 100 bars, une profondeur réservée aux engins et sans rapport avec la plongée loisir, elle-même limitée à quelques dizaines de mètres.

Peut-on prêter son ordinateur de plongée ?

Non, pas s’il a servi dans les 24 dernières heures. L’appareil garde en mémoire l’azote résiduel de son porteur, et un plongeur qui l’emprunterait obtiendrait un calcul faux. Chacun utilise son propre instrument pour que la décompression corresponde à son historique réel.

Vous savez désormais décoder votre écran et comprendre ses calculs. Pour aller plus loin, revoyez les bonnes pratiques de sécurité avant votre prochaine sortie.

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