Maladie de décompression : symptômes et que faire face à un accident de plongée

La maladie de décompression survient quand l’azote absorbé pendant une plongée forme des bulles dans le sang ou les tissus à cause d’une remontée trop rapide. Elle se manifeste le plus souvent par des douleurs articulaires, des fourmillements ou des vertiges dans les six heures qui suivent la sortie de l’eau. Le geste qui compte vraiment dans l’immédiat : appeler le 15 ou le 112, et donner de l’oxygène pur si vous en avez à disposition en attendant les secours.

Ce phénomène porte un vieux nom : le mal des caissons. Il touchait déjà, au XIXe siècle, les ouvriers qui travaillaient sous pression pour construire les piles du pont de Brooklyn. C’est le physiologiste français Paul Bert qui en a percé le mécanisme en 1878, dans son ouvrage La Pression barométrique : l’azote dissous dans le sang sous pression, libéré trop vite, forme des bulles. Presque un siècle et demi plus tard, le principe n’a pas changé – seuls les outils pour l’éviter se sont perfectionnés.

Comment se forme-t-elle ? L’azote, la pression et les bulles

Sous l’eau, l’air comprimé que vous respirez contient beaucoup plus de molécules qu’en surface. Votre organisme absorbe une partie de cet azote, qui se dissout dans le sang et les tissus au fil de la plongée. Ce phénomène obéit à un principe physique simple, connu sous le nom de loi de Henry : plus la pression augmente, plus un gaz se dissout facilement dans un liquide. Tant que vous restez sous pression, aucun problème – le gaz reste en solution.

Le souci commence à la remontée. Si la pression ambiante chute trop vite, l’azote n’a pas le temps de s’évacuer par la respiration. Il ressort alors sous forme de bulles, exactement comme dans une canette de soda qu’on ouvre d’un coup. Ces bulles peuvent se loger dans les articulations, les muscles, la moelle épinière ou les poumons. Selon leur emplacement et leur nombre, les conséquences vont de la simple gêne à l’urgence vitale.

Les tissus riches en graisse – le cerveau, la moelle épinière – sont particulièrement exposés, car l’azote s’y dissout facilement. Voilà pourquoi les formes les plus graves touchent souvent le système nerveux.

bulles d'azote

Les deux types d’accident de décompression

Les médecins distinguent deux formes, et la différence change tout pour la prise en charge.

Type I – la forme légère

C’est la plus fréquente. Elle touche les articulations, les muscles et parfois la peau. La douleur, souvent décrite comme profonde ou « dans l’os », commence légère puis s’intensifie. Les épaules, les coudes et les genoux sont les plus concernés. On peut aussi observer des démangeaisons, une éruption cutanée ou un léger gonflement. Ce n’est pas anodin pour autant : ces signes doivent toujours alerter, même s’ils semblent supportables.

Type II – la forme grave

Ici, le système nerveux central, les poumons ou le cœur sont touchés. Les signes sont plus inquiétants : engourdissement, faiblesse dans les bras ou les jambes, troubles de l’équilibre, difficulté à uriner, confusion, vision double, essoufflement croissant. Une faiblesse légère peut se transformer en paralysie en quelques heures seulement – c’est cette rapidité d’évolution qui rend le type II si dangereux.

Il existe une variante encore plus brutale, souvent confondue avec le type II : l’embolie gazeuse artérielle. Elle survient quand un plongeur remonte en bloquant sa respiration – volontairement ou par panique – et que l’air emprisonné dans les poumons se dilate jusqu’à léser le tissu pulmonaire. Des bulles passent alors directement dans les artères et peuvent couper la circulation vers le cerveau en quelques minutes. Les symptômes ressemblent à ceux d’un AVC : perte de connaissance brutale, convulsions, parfois dès la sortie de l’eau. La prise en charge initiale est la même que pour un accident de décompression classique – oxygène et recompression en urgence.

Reconnaître les symptômes : quel signe, quel système, quel délai

Les symptômes n’apparaissent pas tous en même temps ni avec la même urgence. Ce tableau résume les principaux systèmes touchés et les signes à surveiller.

Système touchéSymptômes typiquesGravité
Articulations / musclesDouleur profonde, souvent à l’épaule ou au genouLégère à modérée (type I)
PeauDémangeaisons, marbrures, éruption, léger gonflementLégère (type I)
Système lymphatiqueGonflement localisé, œdèmeLégère (type I)
Moelle épinièreFourmillements, faiblesse des membres, troubles urinairesGrave (type II)
CerveauMaux de tête, confusion, troubles de la vision, trouble de l’élocutionGrave (type II)
Oreille interneVertiges sévères, bourdonnements, perte auditiveGrave (type II)
PoumonsToux, douleur thoracique, essoufflement qui s’aggraveGrave, rare (type II)

Sur la question du délai, les chiffres cliniques disponibles convergent : environ une personne sur deux ressent un premier symptôme dans l’heure qui suit la remontée, et neuf sur dix dans les six heures. La douleur articulaire isolée reste le motif de consultation le plus fréquent, mais dans près de quatre cas sur dix, un signe neurologique accompagne le tableau – d’où l’importance de ne jamais se fier uniquement à l’intensité de la douleur pour juger de la gravité. Passé 24 heures sans aucun signe, la probabilité qu’il s’agisse bien d’un accident de décompression devient faible – sans être totalement nulle. Dans le doute, mieux vaut toujours consulter que d’attendre de « voir venir ».

Comment le diagnostic est-il posé ?

Il n’existe pas de test unique capable de confirmer un accident de décompression à coup sûr. Le diagnostic reste avant tout clinique : le médecin s’appuie sur les symptômes rapportés, leur chronologie par rapport à la plongée, et un examen neurologique complet.

Des examens d’imagerie – scanner ou IRM – peuvent être demandés en cas de symptômes neurologiques, pour écarter d’autres causes ou visualiser d’éventuelles lésions cérébrales ou médullaires. Mais ils ne sont pas toujours concluants : une IRM normale n’exclut pas un accident de décompression, et inversement. C’est pour cette raison que le traitement en caisson hyperbare est le plus souvent débuté sans attendre les résultats d’imagerie, sauf en cas de doute réel sur le diagnostic ou d’état stable permettant ce délai. Le temps perdu à multiplier les examens est du temps perdu pour le traitement.

Que faire en cas de suspicion d’accident de décompression

Voici la marche à suivre, dans l’ordre. Ne cherchez pas à « voir si ça passe » – un accident de décompression qui s’aggrave perd rapidement en chances de récupération complète.

  1. Arrêtez toute activité physique. L’effort accélère la formation de bulles.
  2. Allongez la personne et rassurez-la – la panique aggrave la respiration et la circulation.
  3. Administrez de l’oxygène pur à 100 %, si vous en avez, dès les premiers signes.
  4. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 en précisant clairement qu’il s’agit d’un accident de plongée.
  5. Faites boire de l’eau si la personne est consciente, sans forcer.
  6. Ne donnez aucun antidouleur sans avis médical – la douleur reste un indicateur précieux pour les secours.
  7. Notez les paramètres de la plongée : profondeur, durée, vitesse de remontée, paliers effectués, plongées précédentes dans les 48 heures. Ces informations orienteront directement le traitement.
accident de décompression

Si la personne perd connaissance ou ne respire plus, débutez les gestes de premiers secours habituels et poursuivez l’oxygénothérapie dès que la respiration reprend, jusqu’à la prise en charge médicale.

Le traitement : caisson hyperbare et recompression

Le seul traitement définitif d’un accident de décompression, c’est la recompression en caisson hyperbare. Le principe est presque contre-intuitif : on replonge le patient dans une pression élevée, sous oxygène pur, pour redissoudre les bulles d’azote. La pression est ensuite réduite très progressivement, avec des paliers, pour laisser au corps le temps d’éliminer le gaz en excès sans reformer de bulles.

Certains cas légers – démangeaisons, marbrures isolées, fatigue sans autre signe – ne nécessitent pas forcément de caisson, mais imposent tout de même une surveillance. Dès qu’un doute persiste, direction le centre hyperbare le plus proche : en cas de symptôme neurologique, il s’agit d’une urgence à traiter comme telle, sans attendre une éventuelle amélioration spontanée. Le délai compte : plus la recompression démarre tôt, meilleures sont les chances de récupération complète, même si un traitement engagé 48 heures après la plongée peut encore apporter un bénéfice réel.

Un facteur de risque qu’on oublie souvent : le cœur

Peu de plongeurs le savent, mais certaines anomalies cardiaques discrètes augmentent nettement le risque d’accident de décompression. La plus fréquente s’appelle le foramen ovale perméable : une petite communication entre les deux oreillettes du cœur, présente chez près d’un quart de la population sans jamais causer le moindre symptôme au quotidien. Le problème, c’est qu’elle peut laisser passer directement dans la circulation artérielle des bulles d’azote qui, normalement, seraient filtrées par les poumons.

Cela ne veut pas dire qu’il faut s’alarmer avant chaque plongée. Mais si vous avez déjà eu plusieurs accidents de décompression sans explication évidente – sans faute de procédure, sans facteur de risque connu – la question mérite d’être posée à un médecin de plongée. Un simple examen cardiaque suffit souvent à la trancher.

Un effet qui peut apparaître des mois plus tard : l’ostéonécrose

Tous les dégâts d’un accident de décompression ne se manifestent pas immédiatement. L’ostéonécrose dysbarique en est l’exemple le plus sournois : une destruction progressive du tissu osseux, surtout au niveau de l’épaule et de la hanche, qui peut apparaître des mois, voire des années après l’épisode initial – et parfois même sans accident de décompression identifié au préalable.

Elle touche presque exclusivement les personnes exposées de façon répétée et prolongée à l’air comprimé : plongeurs professionnels, scaphandriers, travailleurs en caisson. Les loisirs occasionnels sont rarement concernés. Le problème, c’est que la lésion reste silencieuse au départ ; elle ne se révèle souvent que des années plus tard, sous forme d’arthrose invalidante au niveau de l’articulation touchée. D’où l’intérêt, pour les plongeurs très réguliers, d’un suivi médical qui ne se limite pas aux seuls épisodes aigus.

Facteurs de risque et prévention

Respecter les tables ou l’ordinateur de plongée ne garantit pas une protection absolue – certains accidents surviennent même chez des plongeurs qui ont tout fait « dans les règles ». Plusieurs facteurs augmentent néanmoins le risque :

  • une remontée trop rapide ou un palier de décompression écourté ;
  • l’âge avancé et une mauvaise condition physique ;
  • la déshydratation ;
  • l’eau froide ;
  • l’obésité ;
  • un effort physique intense avant, pendant ou après la plongée ;
  • la fatigue et le stress ;
  • une consommation d’alcool avant la plongée ;
  • des plongées répétées sur une même journée ;
  • un vol en avion ou une montée en altitude peu après la plongée.

La prévention repose sur des gestes simples mais non négociables : respecter les paliers de décompression indiqués par votre ordinateur ou votre table, remonter lentement, effectuer un palier de sécurité même quand il n’est pas obligatoire, et attendre au moins 12 à 24 heures avant de prendre l’avion après une série de plongées. En cas de doute sur la lecture d’une table papier – ça arrive, même à des plongeurs expérimentés qui n’ont pas pratiqué depuis un moment – mieux vaut revoir la méthode à sec plutôt que d’improviser sous l’eau. Savoir lire un tableau des paliers reste une compétence de base, au même titre que la vérification du matériel avant la mise à l’eau.

paliers de décompression

Combien de temps avant de pouvoir replonger ?

Cela dépend entièrement de la gravité de l’épisode. Après un accident sans atteinte neurologique, une reprise est en général envisageable au bout de deux semaines minimum, avec un avis médical favorable. En cas de symptômes neurologiques mineurs, ce délai grimpe à six semaines. Si l’accident a laissé des séquelles neurologiques ou s’il a été sévère, la question de reprendre la plongée doit être posée avec un médecin spécialisé – parfois, la réponse est non, définitivement.

Un point mérite d’être répété : même après une récupération complète en apparence, un nouvel avis médical est indispensable avant de se remettre à l’eau. Le corps ne « repart pas de zéro » après un accident de décompression, et certains plongeurs restent plus sensibles que d’autres à une récidive, sans qu’on sache toujours précisément pourquoi. C’est aussi pour cette raison que les épisodes répétés, même mineurs, méritent d’être pris au sérieux : ce sont eux qui, à la longue, favorisent des complications comme l’ostéonécrose évoquée plus haut.

FAQ

Quels sont les symptômes de la maladie de décompression ?

Le signe le plus fréquent reste la douleur articulaire, souvent à l’épaule ou au genou. Viennent ensuite les fourmillements, la fatigue inhabituelle, les vertiges, les démangeaisons cutanées et, dans les formes graves, la faiblesse musculaire, la confusion ou les troubles de la vision. Les symptômes apparaissent généralement dans les six heures après la remontée.

Que faire en cas d’accident de décompression ?

Arrêtez tout effort, allongez la personne, donnez-lui de l’oxygène si vous en disposez, et appelez immédiatement le 15 ou le 112 en précisant qu’il s’agit d’un accident de plongée. Notez les paramètres de la plongée pour les transmettre aux secours. N’administrez aucun médicament contre la douleur sans avis médical.

La maladie de décompression est-elle grave ? Peut-elle être mortelle ?

Oui, dans ses formes les plus sévères, notamment quand les poumons ou le système nerveux central sont touchés. La plupart des cas, en revanche, restent bénins s’ils sont pris en charge rapidement. C’est justement la rapidité de la réaction qui fait la différence entre une simple gêne passagère et des séquelles durables.

Combien de temps durent les symptômes et avant de pouvoir replonger ?

Les douleurs articulaires liées à une forme légère disparaissent en général en quelques heures après le traitement. Pour la reprise de la plongée, comptez au minimum deux semaines sans atteinte neurologique, six semaines en cas de symptômes neurologiques mineurs, et un avis médical spécialisé reste indispensable dans tous les cas.

Quels sont les signes cutanés d’un accident de décompression ?

On observe des démangeaisons, une peau marbrée ou rougie, parfois un léger gonflement localisé. Ces signes sont souvent bénins pris isolément, mais ils peuvent aussi précéder une forme plus sévère : ils justifient donc une surveillance, même sans douleur associée.

Cet article s’appuie sur des données de médecine hyperbare et de sécurité en plongée reconnues à l’échelle internationale, ainsi que sur des travaux historiques du physiologiste français Paul Bert (La Pression barométrique, 1878), qui fut le premier à expliquer scientifiquement le mécanisme de l’accident de décompression.

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